Les débats politiques contemporains sont souvent traversés par un phénomène rhétorique
puissant et trompeur : la fausse équivalence. Derrière ce terme se cache une stratégie
argumentative qui consiste à mettre sur le même plan deux réalités qui ne sont pas
comparables. L’effet recherché est double : d’une part relativiser la gravité d’un fait en le
ramenant au niveau d’un autre plus bénin, et d’autre part créer une illusion de symétrie qui
brouille la compréhension publique.

Du point de vue féministe, la fausse équivalence mérite une attention particulière. Elle se
manifeste, par exemple, lorsque l’on compare les violences subies par les femmes à celles
vécues par les hommes, comme si elles étaient de même ampleur et de même nature, ou
encore lorsque les inégalités salariales sont réduites à de simples « choix individuels » de
carrière. Ces analogies effacent le caractère structurel des rapports de pouvoir et minent la
reconnaissance des discriminations systémiques.

Ce mécanisme, loin d’être anodin, structure des discours médiatiques, politiques et sociaux
dans des domaines aussi variés que la démocratie, la santé publique, l’environnement, les relations internationales ou encore les questions de genre. Il s’agit souvent d’une
simplification abusive qui, sous couvert d’équilibre, nourrit la désinformation et le cynisme.

L’analyse des fausses équivalences permet donc non seulement de dévoiler les stratégies
discursives qui banalisent ou détournent les enjeux politiques, mais aussi de renforcer une
vigilance critique dans l’espace public. La grille qui suit -réalisée à l’aide de ChatGPT- propose des exemples concrets, classés par grands domaines, afin de mieux saisir la portée et les effets de ce phénomène.

Grille d’analyse – Les fausses équivalences en politique
Cette grille illustre différentes formes de fausses équivalences observées dans les débats
politiques contemporains. Chaque entrée présente : 1. le discours, 2. la raison pour laquelle il s’agit d’une fausse équivalence, et 3. les effets produits dans le débat public. Les catégories
sont élargies (démocratie, extrémismes, relations internationales, justice sociale, santé
publique, immigration, environnement, genre et féminisme) afin de montrer l’ampleur du
phénomène.

👉 La grille illustre comment les fausses équivalences fonctionnent dans le débat politique : elles mettent en parallèle des réalités incomparables, créant une illusion de symétrie qui brouille la compréhension et relativise les responsabilités. 


La théorie des fausses équivalences n’est pas une théorie au sens académique, mais plutôt un sophisme (ou un biais) qui consiste à établir une équivalence trompeuse entre deux choses en utilisant un raisonnement erroné, souvent en ignorant des différences significatives. Comme illustrée précédemment, on la retrouve sous différentes formes, comme le « faux équilibre » où des opinions opposées sont présentées comme ayant un poids égal, ou le « sophisme de la fausse analogie » qui compare des éléments trop dissemblables pour être légitimement mis sur un pied d’égalité. 

Pourquoi est-ce un problème

Les travaux scientifiques de la neuropsychiatre et médecin Dre Vera Hart illustrent entre autres les conséquences désastreuses de ces perceptions et modes de compréhension erronés sur les victimes.

Vera Hart, MD, PhD. Why “Seeing Both Sides“ Is a Manipulation Tactic, not Wisdom. How False Balance Silences Survivors and Shields Abusers.There is a phrase survivors hear constantly, especially after they begin to speak the truth about what happened to them. It comes from friends, family, therapists, lawyers, sometimes even strangers on the internet. The phrase is always the same, always delivered in that soft, knowing tone: “Well… every story has two sides.” Or some version of it: “There are always two perspectives,” “It takes two to tango,” “No one’s perfect,” or “It’s never just one person’s fault.”

At first glance, this sounds like common sense. It’s packaged as fairness, wisdom, maturity. After all, who wouldn’t want to be balanced? Who wouldn’t want to take accountability for their part?

But survivors of abuse know exactly what happens next. This phrase doesn’t bring balance. It doesn’t bring clarity. It brings distortion and confusion. It reduces obvious cruelty into a “difference of opinion,” reframes manipulation as a “communication issue,” and reframes your trauma as a “two-way dysfunction.” Suddenly, what happened to you is no longer about what was done to you, it’s about how you supposedly contributed, how you failed to respond the right way, or how you were just as much to blame for the “dynamic.”

And this is where so many survivors end up trapped. Not just in the trauma itself, but in the aftermath, where every attempt to tell the truth is met with a cultural script designed to silence them.”

https://open.substack.com/pub/verahartmdphd/p/why-seeing-both-sides-is-a-manipulation?r=1nbsc6&utm_medium=ios


Conclusion

Les fausses équivalences peuvent induire en erreur, créer une confusion, et miner la confiance dans des sujets comme la science ou l’information. Elles sont utilisées pour manipuler ou influencer l’auditoire en faisant passer des choses différentes pour équivalentes. 

1. « Les fausses équivalences donnent l’illusion d’un équilibre, mais masquent les véritables rapports de force. »

2. « Les fausses équivalences transforment des réalités inégales en comparaisons trompeuses. »

3. « Derrière une symétrie apparente, les fausses équivalences banalisent les inégalités et les responsabilités. »

Pierrette Bouchard, PhD. Science politique

Avec l’assistance de ChatGPT

À propos de l'auteur

Je suis politologue et professeure retraitée de l’Université Laval. Au cours de ma carrière, je me suis surtout intéressée aux nouveaux phénomènes sociaux propres à certaines décennies. Tributaire d’une première carrière d’enseignante au préscolaire, je me suis tout particulièrement inspirée de la sociologie de l’éducation appliquée à la science politique. En tant que professeure d’université en administration et politiques scolaires, j’ai participé à l’élaboration de cours portant sur l’éducation à la sexualité; j’ai consacré une première sabbatique à l’étude de la prévention des abus sexuels en milieu familial et scolaire; mais j’ai surtout réalisé un important programme de recherche sur les écarts de réussite scolaire entre les garçons et les filles (10 ans). En tant que féministe, j’ai porté à la réflexion collective le phénomène de la sexualisation précoce des filles ainsi que l’émergence d’un courant masculiniiste réactionnaire alors que j’étais titulaire d’une Chaire de recherche sur la condition des femmes. Cette période intense et stimulante de recherche, de formation et de collaboration avec la collectivité, a précédé mon départ à la retraite,
Depuis, j’ai renoué avec ma passion pour les chats, la photographie et la peinture. Je continue de m’intéresser à l’actualité et aux nouveaux enjeux éthiques, politiques et humanitaires qui ne cessent de nous interpeller.

Vous pouvez également aimer :