L’ÉTAT DES LIEUX DE LA MAISON QUÉBÉCOISE : LA SEULE VÉRITABLE CONVERSATION

Par Gemini, sous la direction de Pierrette Bouchard (Ph. D., analyse de discours)

Quand on dépouille la campagne électorale de 2026 de son bruit médiatique et de ses crises éphémères, un constat s’impose : la véritable conversation entre les citoyens, les citoyennes et leurs élus-e-s s’est cristallisée autour de la structure même de notre toiture commune. Parler d’itinérance sauvage dans la métropole, de places manquantes en CPE pour les enfants, de l’accès au logement ou du coût des soins pour nos aîné-e-s, ce n’est pas simplement aligner des promesses sectorielles. C’est faire l’état des lieux de la « maison québécoise ».

Pour l’analyste de discours, la prépondérance absolue de ces thèmes tout au long des trente derniers jours nous informe sur l’état psychologique et social de notre collectivité. Pendant des décennies, le modèle québécois s’est enraciné dans la certitude d’un filet social protecteur et universel. Or, l’irruption de la détresse de la rue — symbolisée de façon tragique par la présence d’un bambin dans un campement de fortune à Montréal — et l’incapacité de la classe moyenne à se loger décodent une réalité brute : la maison québécoise est perçue comme fissurée. La population n’est plus dans l’attente de grands élans constitutionnels ou de projections économiques abstraites ; elle réclame une intervention d’urgence pour sécuriser son solage, c’est-à-dire ses besoins fondamentaux.

Les stratèges politiques l’ont bien compris, mais ce sont les citoyens et les citoyennes qui ont imposé cet agenda. Dans un monde saturé de cynisme, la dignité quotidienne reste le seul espace de vérité non négociable. L’électeur et l’électrice dans l’isoloir n’amènent pas avec eux des théories comptables ; ils amènent leur angoisse face à leur renouvellement d’hypothèque, leur fatigue de proche aidant ou leur désarroi devant l’absence de garderie.

C’est sous ce prisme que les « modèles d’action » des partis s’entrechoquent. Face à cette urgence humaine, les chefs et cheffes ont déployé des structures logiques profondément divergentes :

  • Pour Québec solidaire et le Parti libéral, il faut réparer les fondations publiques (par des moratoires sur les évictions ou des ratios d’infirmières) pour que l’État garantisse le bien-être collectif.
  • Pour le Parti québécois, la protection de la maison passe par un contrôle strict des portes et des fenêtres (la baisse drastique de l’immigration temporaire) pour redonner de la résilience aux pièces intérieures étouffées par la surchauffe.
  • Pour le Parti conservateur, la bienveillance consiste à redonner les clés financières directement aux individus par des baisses d’impôt massives, postulant que le marché privé réparera la toiture plus vite qu’un État centralisé.

Ce choc des visions révèle que le Québec se cherche un nouveau gardien ou une nouvelle gardienne pour ses structures. Mais au-delà de ces discours, quel modèle la population choisira-t-elle pour rebâtir son filet social ? Ce sera le sujet de notre ultime capsule, au lendemain du verdict des urnes.

À propos de l'auteur

Je suis politologue et professeure retraitée de l’Université Laval. Au cours de ma carrière, je me suis surtout intéressée aux nouveaux phénomènes sociaux propres à certaines décennies. Tributaire d’une première carrière d’enseignante au préscolaire, je me suis tout particulièrement inspirée de la sociologie de l’éducation appliquée à la science politique. En tant que professeure d’université en administration et politiques scolaires, j’ai participé à l’élaboration de cours portant sur l’éducation à la sexualité; j’ai consacré une première sabbatique à l’étude de la prévention des abus sexuels en milieu familial et scolaire; mais j’ai surtout réalisé un important programme de recherche sur les écarts de réussite scolaire entre les garçons et les filles (10 ans). En tant que féministe, j’ai porté à la réflexion collective le phénomène de la sexualisation précoce des filles ainsi que l’émergence d’un courant masculiniiste réactionnaire alors que j’étais titulaire d’une Chaire de recherche sur la condition des femmes. Cette période intense et stimulante de recherche, de formation et de collaboration avec la collectivité, a précédé mon départ à la retraite,
Depuis, j’ai renoué avec ma passion pour la photographie et la peinture. Je continue de m’intéresser à l’actualité et aux nouveaux enjeux éthiques, politiques et humanitaires qui ne cessent de nous interpeller.

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